À l’heure où l’économie collaborative investit notre quotidien, depuis les plateformes de crowdfunding pour financer nos projets « coups de cœur » jusqu’à la location de nos appartements ou voitures quand nous n’y sommes pas, voici venu #TGVpop.

Cette offre, qui mise sur la force du collectif, vise selon la SNCF à rendre le TGV plus accessible à tous – y compris en périodes de pointe – et notamment aux jeunes qui anticipent peu leurs voyages et disposent de petits budgets. Une offre « communautaire » innovante mais qui va aussi provoquer une rupture dans les modes de production du transporteur ferroviaire historique.

 Une cible à faible anticipation mais à forte mobilisation   

Lancé le 17 juin, #TGVpop permet à chaque personne inscrite sur le site dédié de signaler son intérêt pour un trajet TGV et, s’il mobilise suffisamment de personnes intéressées autour de lui, de déclencher la circulation de ce train. À la clé? Une place à petit prix : 25€ ou 35€ en 2ème classe selon la destination, la 1ère classe étant accessible pour 5€ de plus. 100 000 places seront ainsi proposées cet été, ce qui pourrait représenter environ 200 TGV circulant à partir du 5 juillet et effectuant la liaison entre Paris et plusieurs destinations estivales (Bordeaux, Lyon, Montpellier, Marseille…).

Pour voter, les internautes doivent simplement s’inscrire sur le site et sachez que même si l’offre cible en priorité les jeunes, elle ne leur est pas réservée! Le train potentiel est présenté : trajet, date, période de circulation (matin, après-midi, soir) et bien sûr le prix. Les votes ont lieu de J-14 à J-4 avant le départ du train (dans la limite de 3 votes par jour et 1 seul vote pour un même train durant la période).

Les votants sont ensuite invités à devenir les ambassadeurs de l’offre pour mobiliser un maximum de contacts, notamment via les réseaux sociaux, et permettre ainsi à la jauge de votes d’atteindre le seuil minimal requis (généralement 1/3 de remplissage) pour que le train soit confirmé.

À J-4,  un mail leur précise le lancement ou non du TGV concerné (et l’heure définitive du train le cas échéant) et leur rappelle l’ouverture des ventes le lendemain. Cependant, le vote ne fait pas office de pré-réservation, ils devront donc généralement être très réactifs pour obtenir une place, au vu des tarifs proposés. Les ventes seront ouvertes en ligne (sur www.voyages-sncf.com ou auprès des distributeurs SNCF web et mobiles agrées) de J-3 au jour du départ. Les billets ne seront ni échangeables ni remboursables.

À bord du train, pas de services ou de restauration mais la voiture bar, reconvertie en espace de jeux et d’échanges. Les passagers peuvent s’y donner rendez-vous via le fil Twitter mis en place pour retrouver des personnes ayant des centres d’intérêt communs (précisés lors de l’inscription à #TGVpop).

Vers un nouveau – et ambitieux – modèle?

Cette offre – très attractive en période estivale et résolument orientée vers les jeunes – vient directement concurrencer le covoiturage, de plus en plus prisé par les 18-24 ans quand le train devient trop cher pour un week-end ou une semaine improvisés.

En remettant en cause le modèle traditionnel où seule l’anticipation garantit de petits prix (conséquence des politiques de yield management), la SNCF instaure désormais une nouvelle manière de consommer. En effet, au-delà de l’aspect communautaire qui a récemment inspiré les tarifs Tickup de Thalys (permettant d’acheter à un aller Paris ↔ Bruxelles à 29€/personne en dernière minute si on voyage à 4 personnes), le client devient ici un acteur majeur de la finalisation du plan de transport.

Ce plan est habituellement figé près de 6 mois avant le départ des trains. Par conséquent, l’impact de #TGVpop est fort sur les équipes d’exploitation puisqu’il faudra que tout soit prêt si le train est confirmé (les rames, le personnel, les sillons, le stationnement en gare…) et les équipes n’auront parfois l’information quelques jours seulement avant le départ. Cela nécessitera une flexibilité historique pour l’entreprise, alors que le chiffre d’affaires restera incertain jusqu’à la dernière minute, les votes n’étant absolument pas des garanties d’achat…

Pour la SNCF, cette opération semble destinée à tester un mode de consommation innovant et participatif tout en visant une politique de volume durant la période estivale. Cela permettra-t-il de reconquérir, dans la durée, les jeunes? Par ailleurs, le challenge sera aussi de transformer la déception des votants – quand les trains ne seront pas confirmés – en nouvelle opportunité business… en proposant une alternative modale via iDVROOM ou iDBUS  peut-être?