La mobilité électrique se fraye peu à peu un chemin au sein des flottes d’entreprises : des acteurs comme La Poste et Enedis, gérant plusieurs milliers de véhicules de service, ont déjà fait le choix de l’électrique pour leur flotte. Et même si la part du véhicule électrique dans les flottes d’entreprises est aujourd’hui très faible (2,3%, source Arval Mobility Observatory), le contexte légal oblige peu à peu les entreprises à faire le pas.

Face à ce constat, la question de la rentabilité économique de la détention d’une flotte de véhicules électriques devient inévitable. Une étude approfondie du Total Cost of Ownership, et sa comparaison avec le coût de possession d’une flotte thermique équivalente nous a permis d’identifier certains cas d’usage où il est favorable d’électrifier sa flotte, les horizons de rentabilité des flottes électriques et les changements budgétaires qui l’accompagnent. L’électrification d’une flotte apporte certes un surcoût dû aux infrastructures de recharge ; mais il ne représente en moyenne que 10% du coût total de la flotte. De plus, le prix d’achat ou de location actuellement plus élevé des véhicules électriques par rapport à leurs équivalents thermiques est contrebalancé par le faible coût de la recharge, ce qui permet d’avoir des coûts à l’utilisation plus faibles pour une flotte électrique, et ainsi de rentabiliser l’électrification au bout de quelques années.

L’électrification de la flotte, un passage obligatoire

L’électrification des flottes d’entreprises, qu’elles soient de fonction ou de service, est une transformation imposée par la LOM : d’ici 2022, 10% des flottes d’entreprises de plus de 100 véhicules devront être électriques. Outre ces obligations légales, le passage à l’électrique apporte de nombreux bénéfices : bilan carbone allégé, agréments de conduite, amélioration de l’image de l’entreprise… Tandis que les constructeurs étoffent leurs gammes de véhicules électriques, le réseau d’infrastructures de recharge en France se développe peu à peu, avec l’objectif de multiplier par 5 le nombre de points de recharge d’ici 2022. Tous ces facteurs encouragent le passage à l’électrique.

Quels sont les postes de coûts de possession d’une flotte électrique ?

Le coût total de détention d’une flotte électrique se compose de trois postes : les véhicules, les infrastructures de recharge et la recharge des véhicules.

Pour les véhicules

Plusieurs modes de financement sont disponibles : achat intégral, achat du véhicule et location de la batterie, location longue durée (LLD), location avec option d’achat (LOA).

L’achat intégral demande un investissement initial conséquent, mais devient rentable sur le long terme. Il permet aussi de profiter du bonus écologique, revalorisé à 5000€ pour les flottes d’entreprises en mai dernier, et de la gratuité de la carte grise. La location est souvent favorisée sur le court terme, car elle permet d’étaler les coûts de possession dans le temps, mais pose des conditions d’utilisation plus strictes et devient moins rentable à long terme.

Dans tous les cas, la possession de véhicules électriques exonère les entreprises de la TVS (Taxe sur les véhicules de société), pouvant représenter jusqu’à 600€/mois pour une berline récente.

Prenons par exemple une flotte de véhicules de fonction composée de 50 citadines (type Renault Zoe ou Clio 5) parcourant 15 000 km par an et de 10 berlines (Tesla Model 3 ou BMW Série 3) parcourant 30 000 km par an.

Le graphique ne prend pas en compte le coût des bornes de recharge, ni le coût de la recharge, seulement les véhicules.

Même si le coût des batteries a beaucoup diminué ces dernières années, le véhicule électrique est en moyenne plus cher qu’un véhicule thermique équivalent, que ça soit en LLD ou en achat (bonus écologique compris). L’avantage ne se situe donc pas sur le coût du véhicule en soi, mais sur les économies réalisées notamment à la recharge.

Pour les infrastructures de recharge

La question de la recharge est souvent un point épineux du passage à l’électrique. L’installation sur le parking de l’entreprise de bornes de recharge permet aux collaborateurs de recharger leurs véhicules de fonction pendant leurs heures de travail, et peut ainsi éviter d’avoir à installer des bornes à domicile. Le nombre de bornes à installer dépend du nombre de véhicules à recharger et de la simultanéité de la recharge. Des solutions de pilotage intelligent permettent également de sous-dimensionner les infrastructures. Pour les véhicules de service, tout dépend de l’utilisation qui en est faite : pour recharger ses Kangoo ZE pendant la nuit, La Poste a installé autant de points de recharge que de véhicules dans ses parkings.

Le coût des bornes dépend de la technologie utilisée : compter environ 2 000 € pour l’achat d’une borne de recharge AC 7.2 kW, et jusqu’à 20 000 € pour une borne de recharge rapide DC. Au coût d’achat de la borne s’ajoutent le coût de l’installation et du raccordement au réseau, ainsi que celui de l’abonnement auprès de l’opérateur des bornes pour la maintenance et le suivi de la consommation. La location des infrastructures de recharge est aussi possible, et permet de s’affranchir de l’investissement initial important des infrastructures.

Reprenons l’exemple précédent. L’entreprise décide d’installer 30 bornes AC et 5 bornes de recharge rapide DC, et comparons la location des bornes à leur achat.

L’installation de bornes de recharge sur le parking d’une entreprise est subventionnée par le programme ADVENIR. Ces subventions sont valorisées si le parking est ouvert au public pour la recharge et intègre un pilotage énergétique de la recharge. Les régions proposent aussi des aides à l’installation d’IRVE (Infrastructure de Recharge de Véhicules Electriques), comme la région Grand-Est, où il est possible de bénéficier d’une subvention à hauteur de 50% du coût du projet avec une limite de 1000€ par point de charge.

Pour la recharge

Le coût de l’énergie est le poste où le modèle électrique est très intéressant financièrement comparé au modèle thermique. Compter entre 5 et 10 euros pour un plein de véhicule électrique, en fonction du prix de l’électricité et de la taille de la batterie.

En reprenant l’exemple précédent, et en incluant les frais de recharge, nous pouvons évaluer l’évolution du TCO (Total Cost Of Ownership) global de la flotte électrique sous différents modes de financement.

Cet horizon de rentabilité doit être mis en perspective avec la durée de renouvellement de la flotte habituellement pratiqué par l’entreprise. Même si les installations de recharge seront déjà disponibles, le renouvellement de la flotte de véhicules, à l’achat ou à la location, induira des coûts supplémentaires l’année où il sera effectué. Pour que l’électrique soit alors rentable, il faudra que ce surcoût soit absorbé par les économies réalisées à la recharge avant le prochain renouvellement. Si l’on reprend l’exemple précédent, et que l’on décide de renouveler la flotte au bout de 5 ans, avec un taux de reprise des véhicules à leur coût initial de 40%, les horizons de rentabilité évoluent.

La conversion d’une flotte thermique vers une flotte électrique induit aussi un besoin d’accompagner et de former les collaborateurs aux nouvelles modalités éventuelles de conduite et de gestion de flotte. Cette conduite du changement ne doit pas être négligée dans la réflexion sur la transition électrique de la flotte, notamment dans le coût associé. Ce coût n’est pas traité dans cet article.

Dans quels business models l’électrification devient rentable ?

Grâce aux données récoltées et à l’identification des postes de dépenses, il est possible de simuler le TCO d’une flotte électrique donnée, et de comparer celui-ci à une flotte thermique équivalente.

La flotte de service

Plaçons-nous dans le cas d’une flotte de véhicules de service, parcourant chacun une cinquantaine de kilomètres par jour et se rechargeant le soir sur une borne dans le parking de l’entreprise. Pour une flotte de 100 véhicules de type Kangoo ZE et l’installation de 100 bornes de recharge 7,2kW, la flotte électrique (achat des véhicules et achat des bornes) devient plus intéressante au bout de 8 années.

Ici, les coûts liés aux infrastructures de recharge ne représentent à terme qu’une faible partie du coût total de la flotte (moins de 10% du TCO dès 6 ans). De manière plus générale, les infrastructures de recharge comptent en moyenne pour 10 à 15 % des coûts de possession au bout de quelques années. Dans le cas le plus défavorable (où l’entreprise installe autant de bornes de recharge rapide que de véhicules), ce chiffre peut atteindre 20%, mais correspond à un cas d’usage peu commun.

Les véhicules de fonction à forte utilisation

L’avantage principal du véhicule électrique est le faible coût de sa recharge, environ dix fois moins cher qu’un plein d’essence. Ainsi, pour des flottes de véhicules roulant beaucoup (plus de 30 000 km par an), les économies de carburant amortiront plus rapidement le coût plus élevé du véhicule et l’achat des bornes.

Prenons comme exemple une flotte de 30 berlines parcourant 30 000 km par an, avec 15 points de recharge AC et 15 points de recharge DC fastcharging installés sur le parking de l’entreprise :

Plus le nombre de kilomètres parcourus est élevé, plus le véhicule électrique devient rentable rapidement. Il pourra alors convenir à une utilisation assez importante, tout en gardant en tête que même les meilleurs véhicules électriques n’ont aujourd’hui pas une autonomie comparable à leurs équivalents thermiques.

Conclusion

L’aspect économique est un des principaux points bloquants à l’électrification des flottes d’entreprises : le surcoût des véhicules et la nécessité d’installer des bornes de recharge sont souvent pointés du doigt.  Mais en prenant en compte l’ensemble des éléments constituant le Total Cost Of Ownership d’une flotte, on peut identifier certains cas d’usage et modes de financement où l’électrique devient rentable au bout de quelques années. Même si les prix d’achat ou de location sont en moyenne 15 à 20% supérieurs pour les véhicules électriques, les infrastructures de recharge représentent à terme moins de 10% du coût total de la flotte, et le faible coût de la recharge permet de rentabiliser (d’autant plus vite que le nombre de kilomètres parcourus par an est élevé) le passage à l’électrique. De ce fait, une flotte électrique induira des coûts fixes d’investissement plus important mais des coûts d’utilisation plus faibles, et devient rentable en moyenne après 5 à 10 ans.