Dans un contexte inédit de crise sanitaire obligeant les citoyens à respecter une distanciation physique pour une durée indéterminée, un réaménagement rapide des espaces urbains apparaît nécessaire. L’urbanisme tactique, concept apparu il y a une quinzaine d’années, s’impose comme solution en réponse à cette problématique.

L’intérêt pour le sujet est fort, en témoignent les nombreuses collectivités locales qui en ont fait leur priorité du moment, les initiatives lancées dans les grandes métropoles mondiales, ou encore les nombreux reportages dédiés dans les médias.

Qu’est-ce que l’urbanisme tactique ? Pourquoi est-il aujourd’hui sur le devant de la scène ? Quelles sont les initiatives lancées pour repenser la mobilité d’un monde post-COVID ? Décryptage.

Qu’est-ce que l’urbanisme tactique ?

L’urbanisme tactique est une façon de réaménager les espaces urbains en se basant sur les besoins des habitants. Il n’implique pas de passation de marchés publics ni de travaux d’ampleur. Les projets peuvent être portés par des élus locaux, mais également par les habitants eux-mêmes avec l’accord des élus. Les habitants et usagers d’un quartier contribuent ainsi à l’élaboration des programmes urbains. Ils deviennent force de proposition et s’implique dans l’aménagement de leur lieu de vie : en somme ils dynamisent les espaces publics en se les réappropriant.

Créé en 2005 à San Francisco par le Collectif Rebar, l’urbanisme tactique a été théorisé par l’urbaniste américain Mike Lydon. Ce concept présente quelques similitudes avec « l’acuponcture urbaine » déployée dans les années 1980-1990 par Jaime Lerner au Brésil.

L’urbanisme tactique repose sur trois principes : il permet de réaliser localement et rapidement des aménagements temporaires d’espace public en utilisant du matériel facile à installer.
Un des principaux avantages est la rapidité de mise en œuvre car les modifications permanentes d’aménagement peuvent être lentes à réaliser. Un des autres avantages est le caractère réversible de ces aménagements ; si l’un d’eux s’avère non probant il est facile de l’arrêter, ou à l’inverse de le pérenniser. Les projets d’urbanisme tactique accélèrent ainsi les processus de transformation urbain car ils permettent de multiplier les expérimentations et de disposer rapidement de retours d’expérience tout en mobilisant ses habitants.

L’urbanisme tactique est apparu initialement pour faire face aux restrictions budgétaires des villes et replacer les habitants au centre du modèle de décision. Bien souvent les grands projets d’aménagement urbain sont coûteux et portés par des collectivités locales déconnectées des réels besoins du quotidien. L’urbanisme tactique est l’idée d’une ville « humaine », « adaptative », « agile » et « ingénieuse ».

Deux exemples de la mise en pratique de ce concept né aux Etats-Unis :

Pourquoi ce sujet est sur le devant de la scène aujourd’hui ?

À la suite du déconfinement, la question de l’aménagement temporaire de l’espace public pour répondre aux nouvelles contraintes en matière de déplacement et favoriser le respect des exigences sanitaires de distanciation sociale n’a jamais été aussi prégnante.

La mobilité ne reviendra pas à la normale du jour au lendemain : pendant les mois à venir les citoyens seront amenés à moins se déplacer et lorsqu’il se déplaceront, à le faire dans un périmètre restreint en respectant une distanciation physique.

Quelles en sont les conséquences sur la mobilité pour les villes ?

« Moins se déplacer » implique une réduction de l’utilisation des trajets de la voiture. Qui dit utilisation réduite de la voiture dit utilisation réduite des voies de circulation et des parkings dédiés.

« Se déplacer dans un périmètre restreint » implique une réduction des distances de déplacement. Qui dit réduction des distances dit modification possible des modes de déplacement. La substitution de la voiture, source de congestion et de pollution, par les transports en commun et les mobilités douces est très souvent envisagé.

« Respecter une distanciation physique » implique la mise en place d’une distance préconisée entre les personnes. Qui dit distance entre les personnes dit que les transports en communs ne sont pas le mode de déplacement à privilégier et donc que d’autres alternatives comme les mobilités douces s’imposent naturellement.

Un constat apparaît donc clairement, à l’heure du déconfinement en ville : la marche et le vélo doivent donc être les formes de mobilités individuelles à privilégier. Ce constat intervient cependant dans un contexte ne le permettant que peu. La plupart des villes sont organisées autour de l’usage de la voiture. Les pistes cyclables sont peu présentes et les espaces dédiés aux piétons sont restreints, rendant impossible la distanciation physique indispensable à respecter.

Un aménagement rapide et temporaire de l’espace urbain, l’urbanisme tactique, est une des clés du problème.

Les voies de circulation et les parkings étant moins utilisées, c’est l’occasion idéale pour :

  • Élargir le trottoir devant les entrées de magasin en neutralisant quelques places de stationnement
  • Tracer des pistes cyclables temporaires et sécurisées sur les routes
  • Baliser les espaces publiques à l’aide de marquages au sol pour respecter les distanciations sociales

Des initiatives ont été émergé dans plusieurs régions du Monde, et la France ne tarde plus à s’emparer du sujet.

Quelles sont les initiatives déjà lancées pour repenser la mobilité d’un monde post-COVID ?

De nombreuses initiatives d’urbanisme tactique ont été lancées à l’étranger pour s’adapter au contexte post-COVID.  Parmi les plus significatifs, figurent la Colombie et la Nouvelle-Zélande. La ville de Bogotá a mis en place 117 km de pistes cyclables temporaires. Dans le cadre d’un appel à projet pour les villes de Nouvelle-Zélande, 50 millions d’euros pourront être mobilisés afin d’expérimenter un espace public post-Covid19.

Tour d’horizon des grandes villes françaises :

 

La mobilité ne reviendra pas à la normale du jour au lendemain. Est-il souhaitable qu’elle y revienne un jour ? L’urbanisme tactique, favorisant les mobilités douces, n’est-il pas un projet à pérenniser, aussi bien pour le bien être citoyen qu’écologique ?

 

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Sources :

Crédits photo :

  • Theconversation.com
  • Weelz.fr